Au-delà des frontières : santé mentale des réfugiés face aux traumatismes invisibles

La fuite ne met pas fin à la souffrance

Fuir un pays en guerre, une dictature, des persécutions ou une catastrophe humanitaire est un acte de survie. Mais pour les réfugiés, franchir une frontière ne signifie pas tourner la page. Le traumatisme ne s’arrête pas à la douane. Il traverse les frontières, logé dans les souvenirs, dans le corps, dans le silence. Il s’invite dans les camps, dans les centres d’accueil, dans les rues des pays d’exil. C’est une souffrance invisible, mais bien réelle : celle de la santé mentale fragilisée par des violences extrêmes, la perte de tout, et l’incertitude du lendemain.

Les réfugiés ne sont pas seulement des personnes déplacées. Ce sont aussi, et surtout, des survivants. Et à ce titre, ils portent en eux les cicatrices d’un passé traumatique que peu d’institutions prennent le temps – ou les moyens – d’écouter.

Le traumatisme du déracinement

Être contraint de quitter son pays n’est pas une simple relocalisation géographique. C’est une fracture existentielle. C’est tout perdre en une nuit : sa maison, son travail, son réseau social, ses droits, parfois sa famille. C’est devenir étranger partout, même à soi-même.

Ce déracinement provoque un choc psychologique qui peut s’ajouter à des expériences antérieures de violence : guerre, torture, viol, emprisonnement, traversées périlleuses. La fuite est souvent marquée par des traumatismes répétés. Et l’arrivée dans le pays d’accueil, loin d’être une délivrance, est souvent le début d’un nouveau cycle d’angoisses.

Les traumatismes invisibles : au cœur de la détresse

Chez les réfugiés, les troubles psychiques sont fréquents, mais rarement identifiés ou traités. Les plus courants sont :

Le trouble de stress post-traumatique (TSPT), souvent lié à des événements violents vécus avant ou pendant la fuite.

La dépression, alimentée par l’exil prolongé, l’isolement, le sentiment d’inutilité et la perte de repères.

Les troubles anxieux, générés par l’incertitude du statut légal, la peur d’être renvoyé, ou les difficultés d’intégration.

Les troubles psychosomatiques, où le corps exprime une détresse que les mots ne peuvent dire.

Ces troubles s’installent d’autant plus facilement que les conditions d’accueil sont précaires : logements insalubres, attente administrative interminable, barrières linguistiques, racisme, pauvreté.

Un accueil sans écoute : quand l’invisible est ignoré

Trop souvent, l’accueil des réfugiés se limite à des réponses matérielles minimales : un toit, une aide sociale, parfois des cours de langue. Mais la dimension psychologique est négligée, voire absente. Pourtant, sans prise en charge de la santé mentale, l’intégration devient un parcours d’obstacles insurmontable.

Les politiques migratoires restrictives aggravent cette situation. En traitant les réfugiés comme des « problèmes à gérer » plutôt que comme des êtres humains blessés, elles contribuent à la déshumanisation et à l’exclusion. Dans ce climat, les personnes réfugiées n’osent pas parler de leur mal-être, de peur d’être stigmatisées, ou simplement parce qu’aucun espace ne leur est offert pour le faire.

La parole comme premier soin

Pour commencer à soigner les traumatismes invisibles, il faut d’abord créer les conditions pour qu’ils soient nommés. Cela suppose :

Des espaces sécurisés où la parole est possible, sans jugement ni peur.

Des intervenants formés à la souffrance psychique liée à l’exil, sensibles aux différences culturelles.

Des approches holistiques, qui intègrent le contexte social, l’histoire personnelle, et les ressources intérieures de chacun.

Des programmes de soutien communautaire, où les réfugiés ne sont pas réduits à leur statut, mais redeviennent des sujets actifs de leur propre guérison.

La santé mentale ne peut être une option secondaire dans les politiques d’asile. Elle est un levier fondamental de dignité, de résilience et de reconstruction.

La résilience au-delà de la douleur

Malgré la souffrance, de nombreux réfugiés font preuve d’une résilience remarquable. Certains s’engagent dans leur communauté, reprennent des études, fondent des associations, témoignent. Leur parcours, bien que marqué par la douleur, est aussi un récit de courage et de reconstruction.

Mais cette résilience n’est pas magique. Elle a besoin d’être soutenue. Une société qui veut réellement accueillir doit reconnaître les blessures invisibles de ceux qui arrivent. Elle doit offrir non seulement un refuge, mais aussi une écoute, un soin, un accompagnement.

Un devoir de réparation humaine

Accueillir un réfugié, ce n’est pas seulement lui ouvrir une porte. C’est aussi reconnaître ce qu’il a traversé. C’est comprendre que, parfois, le plus difficile commence après la fuite. C’est s’engager à ne pas ajouter de nouvelles souffrances à celles déjà vécues.

Les traumatismes invisibles ne traversent pas les frontières seuls. Ils voyagent avec des hommes, des femmes, des enfants qui aspirent à vivre, à guérir, à contribuer. Prendre soin de leur santé mentale, c’est un acte de justice, de responsabilité, et d’humanité.
Au-delà

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