Dans une société marquée par l’accélération des rythmes de vie, l’instabilité économique et les crises sociales, le besoin de soutien psychologique est plus présent que jamais. Pourtant, le recours à un accompagnement psychologique reste loin d’être automatique, voire même envisageable pour une partie importante de la population. Alors que les troubles mentaux deviennent une urgence de santé publique, une question essentielle se pose : l’accompagnement psychologique est-il un investissement collectif rentable ou un privilège réservé à ceux qui peuvent se le permettre ?
Un outil de prévention et de résilience
L’accompagnement psychologique, qu’il prenne la forme de thérapie individuelle, de groupe, de soutien ponctuel ou de suivi au long cours, permet de soulager la souffrance, de prévenir les troubles plus graves, et d’aider les individus à traverser des périodes de vulnérabilité.
Dans le monde du travail, il peut réduire l’absentéisme, prévenir le burn-out et améliorer les performances. À l’école, il soutient les élèves en difficulté, apaise les tensions et favorise l’inclusion. Dans la sphère familiale, il aide à désamorcer les conflits, à accompagner les deuils ou à surmonter les traumatismes.
À ce titre, il ne s’agit pas d’un luxe émotionnel ou d’un caprice moderne, mais d’un véritable levier de santé publique, de cohésion sociale et de bien-être collectif.
Un coût inaccessible pour beaucoup
Pourtant, en pratique, bénéficier d’un accompagnement psychologique reste souvent un parcours semé d’obstacles :
En cabinet privé, les tarifs sont élevés (entre 50 et 100 € la séance), et rarement couverts par la Sécurité sociale.
Les structures publiques, comme les centres médico-psychologiques (CMP), sont débordées, avec des délais d’attente de plusieurs mois.
Les dispositifs de remboursement, quand ils existent, sont limités en nombre de séances et en critères d’éligibilité.
Les inégalités géographiques ajoutent une barrière supplémentaire, en particulier dans les zones rurales ou les quartiers populaires.
Résultat : ceux qui auraient le plus besoin d’un soutien sont souvent ceux qui y accèdent le moins facilement.
Un privilège déguisé ?
Dans ces conditions, l’accompagnement psychologique s’apparente de plus en plus à un privilège social. Les personnes disposant de ressources financières peuvent choisir leur praticien, leur méthode, leur rythme. Elles peuvent s’offrir le temps de se soigner psychiquement, ce qui leur donne souvent un avantage indirect dans d’autres domaines : éducation, travail, relations sociales.
À l’inverse, les personnes en difficulté économique, les jeunes précaires, les minorités, les migrants ou encore les personnes isolées se heurtent à un mur invisible : celui du coût, de la disponibilité, et parfois de la méconnaissance du système de soins.
Changer de regard : un investissement, pas une dépense
Face à ce constat, il est urgent de changer la manière dont les pouvoirs publics, les institutions et même les entreprises perçoivent l’accompagnement psychologique. Il ne s’agit pas d’une dépense à court terme, mais bien d’un investissement sur le long terme, aux retombées multiples :
Réduction des coûts liés aux arrêts maladie, aux hospitalisations et aux soins d’urgence.
Amélioration de la qualité de vie, de la productivité et de la stabilité sociale.
Prévention des violences, des décrochages scolaires et des troubles chroniques.
Investir dans la santé mentale, c’est donc investir dans le tissu social lui-même.
Redéfinir les priorités
L’accompagnement psychologique ne devrait plus être vu comme un privilège individuel, réservé à ceux qui en ont les moyens, mais comme un droit et un outil collectif de prévention et de soutien. En 2025, face aux tensions multiples que traverse notre société, ne pas garantir l’accès à ce type de soin revient à aggraver les fractures sociales et les inégalités de santé.
Faire de l’accompagnement psychologique un pilier du service public, un geste de prévention à grande échelle et un droit pour tous : tel est le défi à relever pour que ce besoin humain fondamental cesse d’être un luxe.