La dépression touche aujourd’hui un nombre croissant de jeunes de moins de 30 ans, un constat alarmant qui traverse les études de santé publique, les consultations médicales et les témoignages individuels. Longtemps perçue comme un trouble touchant majoritairement les adultes plus âgés, la dépression s’installe désormais au cœur d’une génération en construction, déjà confrontée à des défis multiples. Comprendre les raisons de cette progression est indispensable pour mieux prévenir, détecter et accompagner ces jeunes adultes.
L’un des premiers facteurs réside dans les transitions de vie particulièrement intenses qui caractérisent cette tranche d’âge. Les moins de 30 ans doivent faire face à l’indépendance financière, au choix d’un métier, aux études exigeantes, à l’entrée sur le marché du travail ou encore aux premières relations amoureuses sérieuses. Cette période, qui devrait être celle de toutes les possibilités, devient pour beaucoup un espace de pression et d’incertitude. L’écart entre les attentes sociales — réussir rapidement, être performant, être stable — et la réalité vécue crée un terrain propice à la perte de confiance, au doute et finalement à la dépression.
À cela s’ajoute un environnement économique et social instable. Les crises successives, la précarité de l’emploi, le coût élevé de la vie et la difficulté d’accès au logement génèrent un sentiment de vulnérabilité permanente. Les jeunes adultes évoluent dans un contexte où la stabilité semble difficile à atteindre, renforçant l’impression que les efforts fournis ne suffisent jamais. Cette pression constante peut, à long terme, épuiser les ressources psychologiques et conduire au découragement profond, caractéristique de la dépression.
Les réseaux sociaux jouent également un rôle majeur dans la progression du mal-être. S’ils offrent des espaces d’expression et de connexion, ils imposent aussi une comparaison permanente à des modèles de vie souvent irréalistes. Voyages, succès professionnels, relations idylliques, corps idéalisés : la spirale d’autoévaluation négative peut être dévastatrice. Pour certains jeunes, la sensation d’être « en retard » par rapport aux autres ou de ne pas être à la hauteur alimente un sentiment de dévalorisation qui peut se transformer en véritable détresse psychique.
Les crises globales — pandémie, réchauffement climatique, tensions géopolitiques — contribuent également à cette hausse. Les moins de 30 ans vivent dans un climat d’incertitude généralisée. Le futur, qui devrait être une source d’espoir, devient parfois source d’angoisse. Ce phénomène, parfois appelé « éco-anxiété » ou « désillusion générationnelle », crée un poids émotionnel considérable. La dépression se développe alors sur un fond de pessimisme collectif, renforcé par la difficulté à se projeter sereinement.
Un autre facteur déterminant réside dans l’isolement social. Malgré les apparences, la solitude progresse chez les jeunes adultes. Départs du foyer familial, études loin de chez soi, mobilités professionnelles, relations instables : ces changements fragilisent les réseaux de soutien. Or, le lien social est l’un des plus puissants remparts contre la dépression. Quand il se délite, la vulnérabilité augmente, laissant place à une souffrance qui s’installe silencieusement.
Il faut aussi souligner un élément positif, mais qui modifie les chiffres : la libération de la parole autour de la santé mentale. Les jeunes générations sont plus enclines à reconnaître leurs difficultés, à consulter un professionnel, à parler de leurs symptômes. Cette meilleure reconnaissance contribue en partie à l’augmentation apparente des diagnostics, mais reflète avant tout une demande réelle d’aide et de compréhension.
La progression de la dépression chez les moins de 30 ans n’est donc pas le résultat d’un seul bouleversement, mais d’un ensemble de facteurs sociaux, économiques, numériques et émotionnels qui se superposent. Elle révèle aussi une génération lucide, plus consciente de sa santé mentale et soucieuse de l’améliorer. Pour répondre à cette situation, il est nécessaire de renforcer les dispositifs de prévention, d’améliorer l’accès aux soins psychologiques et d’encourager des environnements plus bienveillants, que ce soit dans les familles, les universités ou les entreprises.
Comprendre cette hausse, c’est faire le premier pas vers une meilleure prise en charge d’une jeunesse qui mérite d’être soutenue, écoutée et considérée.