L’anxiété chez les jeunes adultes connaît aujourd’hui une progression notable, visible aussi bien dans les cabinets médicaux que dans les enquêtes de santé publique. Ce phénomène, loin d’être anodin, soulève de nombreuses questions sur l’évolution de notre société, les pressions qui pèsent sur les nouvelles générations et les transformations rapides du monde contemporain. Comprendre pourquoi cette anxiété augmente est essentiel pour mieux accompagner les 18–30 ans, une tranche d’âge en pleine construction identitaire, professionnelle et sociale.
L’un des premiers facteurs souvent évoqués est la pression socio-économique. Les jeunes adultes d’aujourd’hui évoluent dans un contexte marqué par la précarité et l’incertitude : coût de la vie en hausse, difficultés d’accès au logement, marchés du travail plus instables, concurrence accrue pour obtenir un emploi ou un stage. Dans ce climat, beaucoup se sentent obligés de performer en permanence, de faire les bons choix, d’aller vite et de se distinguer. L’idée de « réussir sa vie » devient un impératif anxiogène, et la peur de l’échec s’intensifie.
À cela s’ajoute la place grandissante des réseaux sociaux, qui façonnent les représentations de soi et les relations aux autres. L’exposition constante à des contenus idéalisés crée des comparaisons permanentes : corps parfaits, carrières spectaculaires, voyages imposants, vie sociale effervescente. Cette pression de la mise en scène peut provoquer un sentiment d’insuffisance, voire d’isolement, alors même que le jeune adulte est techniquement plus connecté que jamais. La frontière entre vie privée et vie publique devient floue, renforçant un état de vigilance constante pouvant nourrir l’anxiété.
Les crises successives de ces dernières années — pandémie, tensions géopolitiques, urgence climatique — ont également joué un rôle déterminant. Les jeunes adultes entrent dans la vie active avec des perspectives globales souvent perçues comme instables. Beaucoup expriment une anxiété dite « existentielle », liée au sentiment que l’avenir est incertain et difficile à anticiper. La pandémie, notamment, a amplifié la solitude, perturbé les études, ralenti les projets et laissé des traces durables sur la santé mentale.
Un autre aspect essentiel est la charge psychique que représente la multiplicité des choix modernes. Contrairement aux générations précédentes, les jeunes adultes disposent d’un large éventail de possibilités de vie, de carrière, de style et d’identité. Cette liberté immense est positive, mais elle peut devenir source de stress lorsqu’elle s’accompagne d’un sentiment d’obligation de choisir le « meilleur » parcours. La peur de passer à côté de sa vie, souvent appelée FOMO (Fear of Missing Out), contribue à alimenter une anxiété diffuse et quotidienne.
La fragilisation des liens sociaux joue également un rôle clé. Les jeunes adultes vivent parfois loin de leur famille, changent régulièrement de ville ou de pays pour les études ou le travail, et entretiennent des relations souvent plus fluides et moins stables qu’auparavant. Si cette mobilité offre des opportunités, elle peut aussi générer du stress, une sensation de déconnexion ou un manque de soutien. Or, la solidité du réseau social est l’un des principaux facteurs de protection contre l’anxiété.
Enfin, il est important de souligner un phénomène positif qui peut donner l’impression que l’anxiété augmente encore davantage : la libération de la parole. Les jeunes générations parlent plus volontiers de santé mentale, consultent davantage et expriment sans honte leurs difficultés. Ce changement culturel permet d’identifier plus rapidement les troubles anxieux, mais reflète aussi un besoin urgent de solutions adaptées.
L’augmentation de l’anxiété chez les jeunes adultes n’est donc pas le fruit d’une seule cause, mais d’un faisceau complexe de facteurs qui s’entrecroisent : pressions économiques, poids du numérique, crises globales, instabilité sociale et personnelle, ainsi que nouvelles façons de concevoir la réussite et l’avenir. Ce constat appelle à renforcer la prévention, l’éducation émotionnelle, l’accès aux soins psychologiques et la création d’environnements plus sécurisants pour les jeunes adultes. Comprendre leur réalité, c’est déjà un premier pas pour les aider à traverser ce défi générationnel.